LE
MEROVINGIEN |
LAMBERT WILSON DANS STUDIO |
|
|
|
 |
Ma
première réaction a été : «
Merde, ça marche ! » Cela faisait plusieurs mois
que je n’avais plus de nouvelles de Matrix, et là,
on m’annonçait que j’avais le rôle,
alors qu’on était en mai, en pleine répétition
de Bérénice, que je mettais en scène
et où je jouais !
|
C’était une catastrophe.
Cela pouvait dire que j’allais pour la rentrée, devoir
trouver un remplaçant quitter les acteurs et m’éloigner
de ce bébé que je portais à bout de bras depuis
si longtemps ! Heureusement, Robin Renucci a accepter de me remplacer,
et les autres acteurs, Didier Sandre et Christine Scott Thomas,
ainsi que les producteurs, ont été géniaux
– Même s’il ont pris ça un peu comme une
trahison. Pour moi, c’était une torture. Je crois que
j’ai vécu le pire mois et demi de ma vie professionnelle.
D’autant que je ne savais qu’elle était la véritable
importance du rôle qu’on me proposait ! Le jeu en valait
t il la chandelle ? Kristin m’a même dit : « Ok,
vas y, mais si je vais voir Matrix et que tu n’y fais qu’une
apparition, je te crève les yeux ! »
« J’avais été
contacté, en décembre, pour faire des essais en France,
puis en janvier, la Warner m’a appelé pour me dire
que les frères Wachowski voulaient me voir. J’ai donc
fait le voyage pour Los Angeles. On m’avait prévenu
: « ça ne durera pas plus de 20 mn » et ça
n’a effectivement pas duré une minute de plus ! Ensuite
comme souvent, je n’ai plus eu de nouvelles. J’ai fini
par oublier et par plonger à corps perdu dans l’aventure
de Bérénice. Mais Matrix m’a rattrapé.
J’allais donc jouer Merovingian.
Pour ce personnage, les wachowski voulaient quelqu’un qui
ait l’accent français. Il ont cherché au Canada,
puis en France. C’est comme ça que j’ai été
appelé – Moi qui suis fier d’être complètement
bilingue, il a fallu que je fasse les essais, et que je joue plus
tard en anglais avec un accent à la Maurice Chevalier. Une
humiliation (rire)
« Le personnage de Merovingian est plutôt du côtés
des méchants – les gentils, dans Matrix, on sait qui
c est ! Mais, en même temps, il est un peu entre les deux.
Avec sa femme Persephone / monica Belluci, ce sont des programmes
de la matrice. Merovingian sait programmer toutes les langues, mais
il adore le français, et l’accent français,
parce qu’il considère – comme les américains
– que c ‘est très sensuel. Tout cela, je ne l’ai
appris que plus tard. Contrairement à Monica qui, grâce
à son statut de star internationale, est plus privilégiée
que moi. On ne m’avait pas fait lire le scénario avant
mon départ. Pour l’australie. Ce qui n’était
pas fait pour calmer mes interrogations : est-ce que j’avais
bien fait de laisser en plan Bérénice et de venir
tourner Matrix ? Il ne me resterait plus qu’a appeler mes
camarades depuis ma chambre d’hôtel à Sydney
: « Alors, alors ? Comment ça se passe ? »
« Heureusement, Monica a été formidable. On
ne se connaissait pratiquement pas et elle m’a téléphoné
d’Italie pour me dire qu’elle était contente
de travailler avec moi. « C’est bien ce que tu as à
faire non ? – je ne sais pas j’ai rien lu – Ah
non ? Tu vas voir, le rôle est vraiment bien » C a m’a
un peu rassuré. En plus, j’ai su assez vite que nos
personnages étaient dans le jeu vidéo du film inspiré
du film ; c’était déjà un signe ! Arrivé
à Sydney, où Monica m’avait devancé pour
des essayages de costumes, j’ai enfin reçu un scénario
– que j’ai dévoré – avec mon nom
écrit en filigrane sur chaque page. Attention secret défense
!
|

|
|
" Le Mérovingien
sait programmer toutes les langues "
|
|
Je me souviendrai toujours de mon premier
jour de tournage. Dans le film, j’ai à un moment donné,
un long monologue. C’est une scène où les trois
héros débarquent chez nous, dans notre palais à
Monica et à moi. Mon personnage n’arrête pas
de parler. La veille on a répété cette scène
techniquement. Juste pour la mise en scène. Les jours précédents,
j’avais fais quelques essais, quelques répétitions,
des essayages costumes ; autant dire que je connaissais pratiquement
personne, sauf Monica. Après la répétition
technique, les Wachowski n’avait fait aucun commentaire. Le
lendemain, je commence à tourner. Le premier assistant vient
me voir : « ça te dirait de te lancer, et de tourner
la scène, d’un seul coup, en entier … »
Je l’avais tellement bossée – c’était
la scène que j’avais eue à apprendre pour les
essais – que je me suis dit : « ok, allons-y ! »
Et là devant les trois acteurs principaux du film, que j’avais
à peine rencontrés, devant les metteurs en scène
auxquels je n’avais quasiment pas parlé et devant trois
cent figurants, j’ai joué mon monologue. C’est
peu dire que j’avais le trac… Mais là, ils m’ont
tous cueilli : l’équipe a applaudi, c’était
réconfortant…
« Etonnant, les deux frères ensemble sur le plateau
! Mais c’est trop facile de réduire Larry, l’aîné,
au visuel, et Andy à l’aspect intellectuel des choses.
C est vrai qu’Andy parle d’avantage et que Larry est
plus flegmatique. Mais subitement c’est exactement l’inverse
qui se passe ! Ils forment un être bicéphale vraiment
singulier. Je pense quand même qu’Andy doit prendre
une part plus active que Larry à l’écriture
et que son imagination est débordante, hallucinante même.
On sent qu’il aime se frotter à des sujets vraiment
dangereux – Il n’y a qu’a voir cette sorte de
fascination sado-masochiste qui habite leur univers… Larry
lui donne d’avantage l’impression d’avoir un system
nerveux incroyablement calme, d’être une machine psychique
plus froide, plus rationnelle, plus technique.
Ils ont l’air, comme ça, de deux adolescents attardés,
typiquement américains ( quand on change la mise en place,
ce qui peut quand même durer deux heures et demie, ils regardent
des matchs de basket ! ) ; et, en même temps, ils sont insaisissables,
mystérieux et profonds. C’est une illusion de se dire
que ce qui leur arrive n’est que le fruit du hasard : tout
ça est très réfléchi et très
maîtrisé. Et impressionnant.
« C’était un peu perturbant de les voir sur le
plateau, le petit et le grand, arriver vers vous et vous dire, l’un
après l’autre, des choses complètement contradictoire
! En fait, c’est à vous de faire la synthèse
! On a rigolé ensemble à la fin du tournage, lorsqu’on
a parlé ensemble, à la fin du tournage de leur direction
d’acteurs et que je leur ai dit que, parfois, c’était
aussi bien lorsqu’ils se taisaient ! D’ailleurs, souvent
ils disaient juste « on en refait une », sans donner
d’autre indications.
C’est un vrai plaisir pour moi de travailler à l’étranger.
J’avais un sentiment de liberté intense. C’est
aussi pour ça que j’avais envie, depuis longtemps,
d’être dans un projet comme Matrix… Mon chemin
est particulier. Complexe. Lent. J’ai mis du temps à
me débarrasser de toutes mes peurs pour assumer pleinement
à ce que je suis et pour accéder à une véritable
connaissance de mon métier d’acteur. A la différence
des Français, les cinéastes étrangers n’ont
pas de moi une idée préconçue. C est très
agréable C’est comme d’arriver vierge sur un
tournage. Cela veut dire qu’ont peut livrer son travail au
point où l’on a affiné jusqu'à ce jour
sans avoir, sans avoir, avant tout, à dépenser son
énergie pour corriger la perception que les gens ont de vous.
C’était exaltant avec les Wachowski, parce que le rôle
est riche d’arrière plans, de subtilités, de
non-dits…Bon, on verra bien ce qu’il en restera à
l’arrivée – je n’ai encore rien vu –
mais a faire, c’était passionnant…
« Certes, tout n’était pas du même interêt
que la grande scène du premier jour de tournage. J’ai
eu a faire, par exemple une scène de combat. Ou plus exactement
à assister à une scène de combat. J’envoie
mes sbires au front et je les regarde se battre. C’est une
scène de trois minutes et demie, qui a demandé…
un mois et demie de tournage ! Les plans qui me concernent –
les gros plans de moi regardant la scène – ont pris
une demi-heure ; en revanche, j’ai du être là
tous les jours au même endroit, dans le même spot de
lumière…
Retranscription par code-matrix.net
|

|
|
LE
MEROVINGIEN |
LAMBERT
WILSON DANS STUDIO |
|
|